
Les essais nucléaires français réalisés dans le Sud algérien continuent de susciter indignation et revendications de justice. En déplacement jeudi dernier à Adrar, le ministre des Moudjahidine et des Ayants droit, Abdelmalek Tacherift, a qualifié ces explosions de «crime total » portant atteinte à la nature et au droit fondamental de l’être humain à l’existence.
S’exprimant lors de l’ouverture du séminaire intitulé « Les explosions nucléaires françaises dans le Sahara algérien, entre devoir de mémoire et exigence de justice », le ministre a rappelé que ces détonations, menées sur plusieurs années, constituent une violation grave aux conséquences durables. « Une plaie ouverte », a-t-il souligné, dénonçant un manquement à la responsabilité morale et historique. Devant un parterre d’universitaires, d’enseignants et de chercheurs spécialisés dans l’histoire de la Révolution de libération et l’étude des crimes liés aux essais nucléaires, M. Tacherift a insisté sur les conclusions des travaux scientifiques menés sur le terrain. Selon lui, les effets des radiations «n’ont épargné personne ». Pollution de l’environnement, contamination de l’air, décès, malformations congénitales, pathologies chroniques : les conséquences, a-t-il affirmé, se sont transmises de génération en génération, laissant derrière elles des souffrances durables. Le ministre a salué l’organisation de cette rencontre scientifique, estimant qu’elle contribue à documenter ce dossier sensible et à consolider la mémoire nationale. Il a mis en avant le rôle croissant de la recherche en Algérie, qu’il a présentée comme un moteur de renouveau et un pilier du progrès. Dans cette perspective, il a souligné que les hautes autorités du pays considèrent la science comme un socle essentiel au développement et à la préservation de la souveraineté nationale. L’approfondissement des recherches historiques, médicales, juridiques et humaines sur les essais nucléaires apparaît, selon lui, indispensable pour faire valoir les droits des victimes. « Le droit ne peut être recouvré que par des preuves scientifiques irréfutables et des travaux documentés », a-t-il affirmé. Au cours du séminaire, une communication a détaillé l’ampleur des dégâts causés par ces explosions, qualifiées d’atteinte grave aux principes mêmes des droits humains. Les intervenants ont également salué la détermination des autorités à maintenir ce dossier à l’agenda dans l’objectif d’obtenir reconnaissance et justice. À l’issue de sa visite dans la wilaya d’Adrar, le ministre a procédé à la dénomination de plusieurs établissements éducatifs en hommage à des moudjahidine disparus, avant de rendre visite à deux anciens combattants, ainsi qu’à la veuve d’un chahid. Plus de six décennies après les premières explosions dans le Sahara, la question des essais nucléaires français demeure un enjeu mémoriel, scientifique et juridique majeur, au cœur des revendications liées à la vérité et à la réparation.
Abir Menasria
