
L’ICT Africa Summit s’impose comme un rendez-vous majeur des décideurs et innovateurs du numérique en Afrique, une vitrine où se dessine la transformation digitale des secteurs clés, dont celui de la santé en Algérie. Présente à cet événement, la plateforme Algerian Holistic Center y a dévoilé sa clinique virtuelle, une solution inédite lancée à Alger. À cette occasion, Alger16 a rencontré son fondateur et P-DG, M. Mustapha Trad, fort de 25 ans d’expérience hospitalière, qui porte une vision de rupture avec le parcours de soin classique, centrée sur une approche globale du patient, dite “holistique”.
Entretien réalisé par Abir Menasria
Alger16 : M. Trad, pouvez-vous nous présenter cette nouvelle application de santé lancée en Algérie ?
Mustapha Trad : L’application est née en juin, elle est encore récente. Nous avons lancé une clinique virtuelle basée à Alger pour moderniser l’accès aux soins et au bien-être. L’idée est simple : permettre aux patients de prendre rendez-vous, de consulter en présentiel ou en ligne, et même d’obtenir des conseils à distance, sans se déplacer. Tout peut se faire depuis chez soi, y compris le paiement de la consultation.
Ce qui fait la particularité de notre plateforme, c’est la vision holistique. On ne se limite pas à un organe ou à un symptôme. On intègre aussi l’aspect émotionnel, psychologique et global du patient. Les praticiens sont vérifiés, leurs diplômes contrôlés et ils font partie d’une communauté structurée. Nous proposons aussi des formations, de la mise en visibilité et même des expériences de type “voyages thérapeutiques”.
D’où est venue l’idée de Holistic Center et que signifie concrètement cette approche ?
Avec le temps, et après près de 25 ans dans le milieu hospitalier, on comprend une chose essentielle : soigner ne se résume pas à prescrire des médicaments. Aller à l’hôpital, prendre un traitement, rentrer chez soi… ça ne suffit pas toujours. La santé, c’est un ensemble. Il faut prendre en compte le mental, l’environnement, le stress, la vie familiale, le travail. C’est ça, la vision holistique. Chez nous, les médecins travaillent avec d’autres spécialistes comme des nutritionnistes ou des naturopathes. L’idée, c’est de casser les silos. L’humain ne peut pas être découpé en morceaux.
Selon votre expérience, quelles sont aujourd’hui les principales limites du parcours de soins traditionnel ?
Le problème majeur, c’est la perception du soin. Beaucoup de personnes pensent encore que le médicament est une solution miracle. Mais ce n’est pas le cas. Parfois, le simple fait de parler, d’être écouté, change déjà beaucoup de choses. Le mal-être psychologique peut créer ou aggraver une maladie. Si on ne traite pas les émotions, le stress ou les conditions de vie, on passe à côté d’une partie essentielle du problème. Notre objectif est justement d’intégrer cette dimension, sans opposer médecine classique et accompagnement global, mais en les faisant travailler ensemble.
À quel type de public s’adresse votre plateforme ? Votre approche du soin est-elle réservée à une élite ou accessible à tous ?
Non, le marché est totalement ouvert, c’est le grand public. C’est même le cœur de notre cible. En ce moment, nous travaillons avec le docteur Elias Bakhli, un médecin reconnu à l’international, dont les travaux scientifiques montrent qu’il faut repenser certaines approches médicales.
Ce type de réflexion concerne tout le monde : les familles, les enfants, les adultes, sans distinction. Par exemple, le docteur Bakhli travaille sur la micronutrition appliquée à certaines pathologies lourdes, notamment les cancers. L’idée n’est pas de remplacer les traitements existants comme la chimiothérapie, mais d’y intégrer une dimension nutritionnelle et globale.
Le protocole hybride orthomoléculaire qu’il développe est déjà utilisé dans plusieurs pays, comme les États-Unis, l’Espagne ou encore la Floride. En Algérie, ce type d’approche reste encore peu développé. Notre objectif, à travers la plateforme, est justement d’accompagner son intégration et de contribuer à une meilleure prise en charge globale des patients.
Beaucoup considèrent que la technologie est réservée aux experts. Quel est votre point de vue et comment l’avez-vous intégrée dans votre plateforme ?
La technologie que nous utilisons est simple et accessible. Par exemple, consulter un thérapeute en ligne via une visioconférence est aujourd’hui à la portée de tous. Cela évite de nombreux obstacles : les déplacements, la circulation, les rendez-vous difficiles à obtenir.
Dans certains cas, des patients hésitent aussi à se rendre en cabinet par crainte d’être reconnus ou par manque de discrétion. La téléconsultation permet justement de lever ces freins. Depuis chez soi, on peut être accompagné, suivi et conseillé. C’est une solution pratique, moderne et efficace.
Dans ce contexte, pourquoi avoir choisi l’Algérie comme point de départ de votre projet médical ?
Nous commençons par le marché algérien, mais notre ambition est clairement internationale.
Nous voulons que l’Algérie devienne une référence en matière de soins holistiques. Le pays a un potentiel important dans ce domaine. Le soin est à la fois complexe et accessible, et nous cherchons à proposer une approche moderne, combinant innovation et méthodes naturelles.
L’objectif est clair : faire de l’Algérie un acteur central, voire un modèle dans cette nouvelle vision de la santé à l’échelle internationale.
J’ai choisi l’Algérie parce que j’ai une double expérience. À la base, je viens de France, j’y ai vécu toute ma vie et je connais très bien les forces mais aussi les limites du système de santé français. L’Algérie, elle, est un pays jeune, en mouvement, ouvert au changement. Et ça, c’est un terrain extrêmement intéressant pour innover.
C’est aussi un pays où l’on peut concilier modernité et approches naturelles du soin. Certaines pratiques existent ici et sont culturellement acceptées, alors qu’elles restent compliquées à intégrer ailleurs. Cela ouvre des perspectives réelles pour développer une médecine plus globale, plus complète et adaptée aux besoins des patients.
Qu’attendez-vous de ce sommet africain ? Cherchez-vous des partenariats ou des investisseurs ?
On est ici pour plusieurs objectifs. D’abord, faire connaître le projet auprès du public algérien, mais aussi attirer l’attention de partenaires et d’investisseurs. Parce qu’un projet de santé numérique et de cette ampleur nécessite des moyens importants, notamment pour la technologie et la protection des données, qui doivent impérativement être hébergées et sécurisées localement. On cherche donc du soutien, mais aussi de la visibilité. Et honnêtement, voir ce type d’événements en Algérie fait plaisir. On sent une dynamique réelle, une volonté de modernisation. L’ICT Africa Summit reflète clairement cette évolution et cette ambition d’une “nouvelle Algérie”.
Que pensez-vous de la forte présence de jeunes dans ce type d’événement ?
C’est très positif. La jeunesse algérienne est déjà très en avance, notamment sur les outils numériques et les réseaux. Elle évolue vite, parfois même plus vite que les générations précédentes, et ça crée une vraie énergie.
Ce que je veux surtout leur dire, c’est de rester curieux, de croire en leurs idées et de ne pas se limiter. En Algérie, aujourd’hui, tout devient possible. Il y a vingt ans, je ne pensais pas dire ça, mais maintenant je le ressens profondément.
L’Algérie a un potentiel énorme. Et clairement, elle est en train de devenir un acteur important, pas seulement en Afrique, mais bien au-delà.
Beaucoup de jeunes Algériens envisagent de partir à l’étranger pour réussir. Quel message souhaitez-vous leur adresser ?
Ce que je veux dire, c’est qu’il y a beaucoup de jeunes qui pensent qu’ailleurs, c’est forcément mieux. Ils veulent partir, quitter le pays, parfois en prenant des risques pour leur vie ou leur santé. Mais la réalité, c’est qu’ici aussi, tout est en train de se construire.
Ce n’est pas seulement une question de travail. C’est aussi une question de respect, de dignité. Et ce respect-là, il est fondamental. Bien sûr, il existe des exemples négatifs ici comme ailleurs, mais il ne faut pas s’y arrêter. Dans les pays dits développés aussi, tout n’est pas parfait, loin de là. Il y a une façade, et derrière, la réalité est souvent plus complexe.
Donc mon message à la jeunesse est simple : restez, construisez ici. Vous avez tout à faire. C’est un pays qui a un potentiel énorme et il mérite qu’on s’y investisse.
Après cinq ans, la vision reste la même : intégrer l’aspect psychologique, l’aspect organique et proposer une prise en charge globale de la personne. Dans cinq ans, j’imagine plusieurs structures, plusieurs cliniques capables de comprendre l’humain dans toute sa complexité et de le soigner de manière plus complète et plus cohérente.
Un dernier mot ?
Le projet est parti au départ comme une structure familiale. Mon fils travaillait sur la partie informatique et développement de l’application. Moi, je suis infirmier avec plus de 25 ans d’expérience entre l’hôpital et le libéral en France. Et ma femme dirige un centre de formation.
Mais aujourd’hui, l’objectif est clair : sortir du cadre familial. L’idée, c’est de devenir une structure ouverte, accessible à d’autres compétences et à d’autres talents.
Nous avons déjà obtenu le label Start-up et le label Innovant. Le projet est très récent, lancé en juin seulement, et pourtant il est déjà reconnu. Maintenant, nous allons nous rapprocher des autorités pour officialiser et développer davantage l’Algerian Holistic Center.
Par ailleurs, à travers votre média, je lance un appel aux autorités compétentes et à l’État pour nous accompagner dans cette dynamique, notamment en facilitant l’accès à des espaces adaptés afin de développer, à terme, une structure de soins privée de proximité.
Abir Menasria
