Visite de Pedro Sanchez en Algérie : L’heure d’un partenariat renouvelé

Selon les informations du très sérieux média espagnol The Objective, le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, effectuera le 20 juillet prochain une visite officielle en Algérie à la tête d’une importante délégation ministérielle.

Pendant près de deux ans, les relations algéro-espagnoles ont traversé l’une de leurs périodes les plus délicates. Pourtant, malgré les divergences politiques, ni l’histoire, ni la géographie, ni les intérêts stratégiques n’ont cessé de rapprocher les deux rives de la Méditerranée occidentale. Les liens énergétiques sont demeurés solides, les échanges commerciaux ont résisté et les canaux diplomatiques n’ont jamais totalement disparu.
Le rétablissement progressif du dialogue, concrétisé en mars dernier par la visite du ministre espagnol des Affaires étrangères José Manuel Albares, et la réactivation du Traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération signé en 2002, ont ouvert une nouvelle séquence. Celle-ci devrait trouver son point d’orgue avec la venue de Pedro Sanchez à Alger.
Cette visite intervient dans un contexte particulièrement favorable. L’Espagne était l’invitée d’honneur de la 57ᵉ Foire internationale d’Alger, symbole d’une volonté commune de tourner définitivement la page des incompréhensions.
À cette occasion, le président Abdelmadjid Tebboune résumait parfaitement l’état d’esprit des deux pays : « Nous sommes deux pays très proches l’un de l’autre, et nous avons constaté que quelles que soient les incompréhensions qui peuvent surgir, les choses se rétablissent très vite. »
Cette phrase dépasse largement le registre diplomatique. Elle traduit une réalité géostratégique : Alger et Madrid savent qu’elles ont davantage à gagner en coopérant qu’en laissant leurs différends dicter leur relation.
Mais la véritable nouveauté réside ailleurs. Depuis plusieurs années, l’Algérie cherche à redéfinir la nature de ses partenariats économiques. L’objectif n’est plus uniquement d’exporter du gaz ou d’importer des équipements, mais de développer une coopération créatrice de valeur sur le territoire national.
Le Président Tebboune l’a clairement indiqué lors de l’inauguration de la FIA : «Maintenant, il faut qu’on passe, avec nos amis espagnols, à la production. Pas seulement dans le dessalement, mais aussi dans la fabrication des membranes et des équipements, afin d’intégrer davantage les projets. »
Cette déclaration marque un changement de paradigme. Longtemps, les relations économiques entre les deux pays ont reposé sur une logique essentiellement commerciale. Désormais, Alger souhaite attirer des partenaires capables d’investir localement, de produire en Algérie, de transférer leur savoir-faire et d’accompagner le développement d’une véritable base industrielle nationale.

Une relation plus forte
Cette volonté de hisser les relations bilatérales à un niveau supérieur est largement partagée par les acteurs économiques. Dans une déclaration médiatique relayée par L’Algérie aujourd’hui, le président du Cercle de commerce et d’industrie algéro-hispanique (CCIHA), Djamel Eddine Bouabdallah, a estimé que la visite de Pedro Sanchez revêt une portée hautement symbolique. Il y voit « la visite de la réconciliation », celle qui doit permettre aux deux pays de tourner définitivement la page des tensions et d’engager « une relation plus forte et une coopération renforcée ».
Selon lui, les conditions sont aujourd’hui réunies pour donner un nouvel élan au partenariat entre Alger et Madrid, d’autant que la réactivation, en mars dernier, du Traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération signé en 2002 a rétabli un cadre politique favorable au développement de nouveaux projets communs.
Pour M. Bouabdallah, cette nouvelle dynamique ne doit toutefois pas se limiter au secteur énergétique. « Les perspectives sont intéressantes dans plusieurs secteurs, en plus du domaine énergétique et du gaz en particulier », souligne-t-il, estimant que les deux pays disposent de nombreuses complémentarités à valoriser. Le dessalement de l’eau de mer figure parmi les secteurs les plus prometteurs. L’expertise espagnole est reconnue mondialement, tandis que l’Algérie multiplie les investissements afin de renforcer sa sécurité hydrique. Une coopération industrielle dans la fabrication des membranes, des pompes ou des équipements spécialisés pourrait ainsi ouvrir un nouveau chapitre, où l’Algérie ne serait plus seulement cliente, mais partenaire industriel. « En plus du dessalement et du gaz, les deux pays peuvent bien s’unir dans de grands projets, comme l’agriculture où je les vois bien aller vers un projet comme celui lancé avec l’Italie », explique le même responsable.
L’industrie pharmaceutique constitue également un domaine d’avenir. Selon Djamel Eddine Bouabdallah, les complémentarités sont nombreuses : « C’est un domaine où les deux pays devraient bien avancer. L’Algérie pourrait à la fois importer et exporter avec l’Espagne dans ce secteur. » Une telle dynamique s’inscrirait pleinement dans la stratégie algérienne visant à réduire les importations tout en développant une industrie pharmaceutique compétitive à l’échelle régionale.
Au fond, ces perspectives traduisent une même ambition : faire évoluer les relations algéro-espagnoles d’un partenariat essentiellement commercial vers une coopération davantage fondée sur l’investissement, la production et le transfert de savoir-faire.

Un signal diplomatique Au-delà des secteurs économiques, cette visite revêt une portée géopolitique.
Dans un contexte marqué par les recompositions méditerranéennes, la guerre en Ukraine, les tensions au Moyen-Orient et les incertitudes pesant sur les chaînes d’approvisionnement mondiales, l’Algérie s’affirme progressivement comme un acteur incontournable de la stabilité régionale. Son poids énergétique, sa diplomatie active en Afrique et son influence croissante au sein des organisations internationales renforcent son attractivité auprès des partenaires européens.
L’Espagne, de son côté, cherche à consolider son rôle de passerelle entre l’Europe, la Méditerranée et l’Afrique. Cette convergence d’intérêts donne aujourd’hui une profondeur nouvelle au partenariat avec Alger.
Le véritable défi sera toutefois de transformer les intentions politiques en réalisations concrètes. Les chefs d’entreprise attendent des mécanismes de financement plus efficaces, une accélération des projets conjoints et un environnement propice aux investissements productifs. Les discours de réconciliation devront désormais laisser place aux signatures de contrats, aux transferts de technologies et à la création d’emplois.
Car la visite de Pedro Sanchez ne sera réellement historique que si elle ouvre une nouvelle phase de coopération durable.
Dans une Méditerranée en pleine recomposition, l’Algérie et l’Espagne semblent avoir compris qu’au-delà des épisodes de tension, leur avenir se construira moins dans les divergences du passé que dans les projets communs de demain.

G. Salah Eddine

ALGER 16 DZ

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