
Diffusée dimanche dernier, dans l’émission Hadith Al Djazair, sur la chaîne AL24 News, des experts en géopolitique ont analysé au peigne fin l’article percutant publié par l’Algérie Presse Service (APS). Cet article met en lumière, avec une clarté incontestable, les privilèges exorbitants dont la France continue de jouir grâce aux accords algéro-français de 1968.
Loin d’être un partenariat équilibré, ces accords ont historiquement servi les intérêts français au détriment de l’Algérie, perpétuant une relation inégale que l’État algérien ne tolère plus. Une position ferme qui marque une nouvelle ère dans les rapports entre Alger et Paris.
Par G. Salah Eddine
Une réponse ferme
L’Algérie a opposé une réponse ferme aux accusations émanant de certains responsables français, en particulier ceux issus de l’extrême droite, qui l’accusent d’exploiter une prétendue aide française et de ne pas respecter les accords bilatéraux. Dans un article publié par l’Algérie presse services (APS), les autorités algériennes ont tenu à rappeler que, loin d’être à l’avantage d’Alger, ces relations ont historiquement servi les intérêts de Paris.
L’un des points fondamentaux soulevés concerne le patrimoine immobilier dont la France bénéficie en Algérie dans des conditions exceptionnellement favorables. À ce jour, Paris dispose de 61 propriétés sur le territoire algérien, louées à des montants dérisoires, voire symboliques. Parmi elles, l’ambassade de France à Alger, édifiée sur une superficie de 14 hectares dans un quartier stratégique de la capitale, est occupée à un loyer négligeable. La résidence officielle de l’ambassadeur, «Les Oliviers», s’étendant sur 4 hectares, est quant à elle cédée au «franc symbolique» depuis 1962, un tarif demeuré inchangé jusqu’en août 2023. Ce traitement de faveur contraste vivement avec les restrictions imposées aux propriétés algériennes en France, illustrant un déséquilibre manifeste dans les relations bilatérales.
Par ailleurs, l’APS met en exergue l’inégalité structurelle de plusieurs accords entre les deux nations. L’accord de 1968 sur la circulation et le séjour des Algériens en France, souvent présenté comme une concession faite à Alger, a en réalité principalement servi Paris en facilitant l’arrivée d’une main-d’œuvre indispensable à son économie.
Un message politique clair : la fin du silence algérien
Le professeur Zohir Bouamama, spécialiste des relations internationales, a souligné que l’article de l’APS n’est pas anodin. Il s’agit d’une réponse directe aux discours hostiles du ministre français de l’Intérieur, Bruno Retailleau, qui a relayé des accusations jugées «fallacieuses» contre l’Algérie. Selon le professeur Bouamama, ce message vise à montrer que l’Algérie n’acceptera plus d’être désignée comme responsable des problèmes internes de la France.
Le professeur Samir Bouaïssa, pour sa part, abonde dans le même sens en rappelant que le silence algérien a des limites. Il a affirmé que la publication de cet article officiel marque un tournant : si la France veut ouvrir le dossier des avantages mutuels, alors l’Algérie est prête à mettre toutes les cartes sur la table.
De son côté, le professeur Anis Boukhedir a estimé que cette escalade rhétorique n’est pas simplement une joute verbale. Selon lui, l’Algérie montre clairement qu’elle possède encore des «cartes non utilisées» et qu’elle est prête à revoir l’ensemble des accords passés si la situation l’exige. En d’autres termes, les avantages dont bénéficie la France pourraient être réévalués.
Ce bras de fer diplomatique pose la question d’un éventuel repositionnement de l’Algérie sur la scène internationale. Alors que la France fait face à des difficultés économiques et à une montée de l’extrême droite, l’Algérie semble vouloir faire comprendre que les relations ne peuvent plus être à sens unique.
Les erreurs stratégiques d’emmanuel Macron
De plus, le professeur Samir Bouaïssa a estimé que le président Emmanuel Macron a commis une erreur stratégique en dissolvant l’Assemblée nationale, ce qui l’a placé dans une position de grande faiblesse politique. Selon lui, Macron n’avait pas anticipé l’absence d’une majorité parlementaire solide, rendant la mise en œuvre de son programme extrêmement difficile. Désormais, la question qui se pose
est : quel programme politique sera appliqué en France ? Celui du président Macron, affilié au courant centriste, ou celui de l’extrême droite, qui menace constamment de retirer sa confiance au gouvernement ?
L’extrême droite, ayant déjà réussi à faire tomber le gouvernement de Michel Barnier, pèse désormais sur celui de François Bayrou, dont la stabilité repose sur des alliances fragiles. Selon Bouaïssa, ce contexte donne à l’extrême droite une influence démesurée, qu’elle exploite pour attiser les tensions avec l’Algérie et alimenter une rhétorique nationaliste, se positionnant ainsi comme le seul recours face à un danger prétendument imminent.
«Si l’Algérie est perçue comme une menace en France, nous en sommes fiers, car cela signifie que nous avons inversé la dynamique : désormais, c’est l’Algérie qui inquiète ces courants extrémistes», a-t-il ironisé. Pourtant, a-t-il ajouté, l’Algérie demeure un partenaire économique majeur pour la France, notamment en matière d’approvisionnement énergétique.
Réactions algériennes
En outre, le Dr Zohir Bouamama a souligné que la réaction algérienne a pris de court les responsables français. «Ils pensaient que ces sujets resteraient tabous et que l’Algérie ne réagirait pas de manière aussi ferme», a-t-il expliqué. Pourtant, Alger a adopté une position résolue, affirmant sa volonté d’aller jusqu’au bout, quitte à aboutir à une rupture. «Nous ne cherchons pas la rupture, mais si l’autre partie en crée les conditions, toutes les options sont sur la table.»
M. Bouamama ajoute que la France n’a plus réellement de moyens de pression sur l’Algérie. Son économie est en déclin, sa dette atteint des niveaux astronomiques, et elle peine à répondre aux attentes de sa population. «Chaque Français naît aujourd’hui avec une dette de 50 000 euros sur le dos», a rappelé l’expert, insistant sur les défis colossaux auxquels est confrontée l’économie française.
Il a conclu que la France, en perte de vitesse sur la scène internationale, voit l’Algérie s’affirmer comme un acteur économique et géopolitique majeur, avec des relations solides tant avec la Russie qu’avec les États-Unis. «L’évolution du monde joue en faveur de l’Algérie, et non de la France», a précisé l’orateur.
La question de l’accord migratoire
Par ailleurs, le professeur Samir Bouaïssa a rappelé que l’accord migratoire entre la France et l’Algérie est un texte bilatéral, que chaque partie a le droit de revoir si elle le juge nécessaire. Toutefois, il critique la manière dont la France a posé le problème, en imposant un ultimatum à l’Algérie. «Ce n’est ni diplomatique ni respectueux des usages internationaux», a-t-il déploré.
Pour Bouaïssa, la priorité pour l’Algérie n’est pas cet accord, mais plutôt la coopération judiciaire. Il a rappelé que plusieurs personnes recherchées par la justice algérienne vivent librement en France sous protection, malgré des mandats d’arrêt internationaux à leur encontre. «La rétention de ces individus par la France est un acte hostile. Avant de parler de migration, la France doit honorer ses engagements en matière de coopération judiciaire.»
Selon lui, l’Algérie dispose de nombreuses cartes à jouer dans ses négociations avec la France et ne se laissera pas dicter ses conditions. «Toute discussion se fera selon les termes algériens, et non français», a indiqué l’orateur.
Une France sous le choc face à l’affirmation algérienne
La relation franco-algérienne, historiquement marquée par une asymétrie structurelle, est en pleine mutation. L’Algérie, forte de ses ressources et de sa stabilité, impose progressivement de nouvelles règles du jeu à Paris, bouleversant les équilibres d’antan.
Le politologue Dr. Anis Boukider a mis en avant le rôle crucial qu’a joué la main-d’œuvre algérienne dans la reconstruction de la France postindustrielle, sans que l’Algérie ait reçu un retour à la hauteur de sa contribution. «La France a toujours tiré profit des relations bilatérales avec l’Algérie, exploitant l’état de faiblesse du pays après la guerre d’indépendance», a-t-il noté. L’orateur a rappelé que les travailleurs algériens ne se limitaient pas à des tâches subalternes, mais incluaient également des compétences hautement qualifiées dont Paris s’est approprié le mérite.
Aujourd’hui, le paradigme a changé. L’Algérie investit massivement dans son propre développement, sans recourir à l’endettement, ce qui réduit sa dépendance économique vis-à-vis de l’Occident. «Prenons l’exemple des usines de dessalement de l’eau de mer, construites et gérées par des compétences algériennes. C’est un message fort : nous n’avons plus besoin des autres pour assurer notre souveraineté», a affirmé Boukider.
Face à cette autonomisation rapide, Paris semble pris de court. «La France est sous le choc. Elle réalise que l’Algérie, qu’elle considérait naguère comme un prolongement d’elle-même, avance seule, sans lui prêter allégeance » a informé l’expert. Cette indépendance croissante intervient alors que la France traverse une crise économique marquée par l’inflation et une potentielle récession. «Certains préfèrent agiter le spectre algérien plutôt que de traiter les véritables problèmes du pays», a-t-il martelé.
L’Algérie impose un nouvel ordre diplomatique
Pour Dr. Zouhir Bouamama, la posture actuelle d’Alger n’est pas une simple réaction, mais une stratégie longuement réfléchie. Le rappel du diplomate français la semaine passée en est une illustration. «Il ne s’agit pas d’une simple protestation diplomatique. L’Algérie impose désormais ses conditions. Les négociations économiques avec la France se font selon de nouveaux barèmes», a-t-il affirmé.
Alger envoie ainsi un message clair : l’époque où elle était un partenaire passif est révolue. «L’Algérie sait que son poids stratégique lui permet d’exercer une pression efficace. Il ne s’agit plus de subir, mais bien de renverser le rapport de force» a-t-il rétorqué. L’État algérien se positionne comme un acteur incontournable sur la scène énergétique et économique, obligeant la France à revoir ses stratégies.
Par ailleurs, M. Bouamama met en lumière les divisions internes en France concernant l’Algérie. «Ce que dit Retailleau, ce n’est pas un simple discours de campagne. Cela révèle une fracture au sein même de l’État français. L’extrême droite veut instrumentaliser la question algérienne, mais il y a aussi des voix plus pragmatiques qui comprennent qu’une rupture avec Alger serait un désastre économique pour la France». Cette fracture entre populisme et réalisme diplomatique est d’autant plus marquante que la France peine à assurer son approvisionnement énergétique sans une relation stable avec Alger.
L’intervenant a prédit que la France n’aura d’autre choix que de s’adapter à cette nouvelle réalité géopolitique. Il a stipulé : «La montée en puissance de l’Algérie force Paris à revoir sa copie. Si les responsables français comprennent que leurs intérêts sont en jeu, il se pourrait que des compromis soient trouvés. Mais pour cela, la classe politique française devra dépasser ces querelles électoralistes».
La France perd du terrain sur tous les fronts
Pour le Dr. Samir Bouaïssa, le constat est sans appel : la France recule sur l’échiquier mondial. «Paris est en guerre économique contre les États-Unis et la Chine, tout en gérant une crise avec la Russie. Son dernier bastion était l’Afrique, mais là aussi, elle est en train de perdre du terrain »
Il a rappellé qu’avant 2019, l’Algérie acceptait des accords économiquement défavorables avec la France. «Prenons l’exemple de l’industrie automobile : les usines françaises en Algérie étaient conçues pour assembler des véhicules destinés au marché intérieur, sans possibilité d’exportation. Cela signifiait que la France continuait à écouler ses produits sous une autre forme, tout en maintenant l’Algérie sous son influence.» Mais les règles du jeu ont changé. «Désormais, l’Algérie ne subit plus, elle choisit. Elle met un terme aux anciennes pratiques et s’ouvre à d’autres partenaires plus avantageux. C’est un bouleversement pour les élites françaises qui pensaient que l’Algérie resterait éternellement sous influence.» Selon Bouaïssa, la campagne menée par l’extrême droite française contre l’Algérie n’est qu’un symptôme de cette frustration. «Derrière les discours xénophobes et les polémiques, c’est une véritable guerre d’intérêts qui se joue. La France sait qu’elle a perdu son emprise sur l’Algérie et tente désespérément de regagner du terrain.»
L’Algérie ne tolérera plus l’ingérence française
Le Dr. Anis Boukider a analysé le récent communiqué de l’agence de presse algérienne comme un message ferme adressé à Paris. « Il est clair que l’Algérie ne cédera plus à aucun chantage français. Ce communiqué est un avertissement : si Paris veut rouvrir le débat, qu’il en soit ainsi. Mais qu’elle sache que les pertes ne seront pas algériennes.»
Il a souligné que l’Algérie dispose d’arguments solides. «L’agence a même affirmé que ce que nous voyons aujourd’hui n’est qu’un infime aperçu de ce que l’Algérie peut révéler. Cela signifie que si Paris continue sur cette voie, Alger pourrait dévoiler des informations qui mettraient la France dans une position inconfortable.»
Enfin, Boukider a conclut avec une mise en garde sans équivoque : «La fermeté du ton employé par l’agence de presse algérienne montre que la patience algérienne est à bout. Si la France persiste dans cette attitude, elle découvrira une Algérie beaucoup plus intransigeante qu’elle ne l’avait imaginé.»
Une recomposition inéluctable des relations franco-algériennes
L’époque où l’Algérie acceptait les diktats économiques et politiques de la France semble bel et bien révolue. L’affirmation de sa souveraineté, couplée à l’ouverture à de nouveaux partenaires internationaux, réduit progressivement la marge de manœuvre de Paris. Dans ce contexte, l’Algérie affiche une confiance grandissante. Elle refuse toute ingérence et défend fermement ses intérêts. Pendant ce temps, la France, affaiblie politiquement et économiquement, peine à imposer sa vision et semble perdre du terrain sur la scène internationale. La question qui se pose désormais est simple : la France saura-t-elle s’adapter à cette nouvelle donne, ou persistera-t-elle dans une posture qui ne fera qu’aggraver son isolement ?
En tous cas, cette situation marque un tournant dans les relations franco-algériennes, où l’Algérie apparaît désormais comme un partenaire incontournable, et non plus comme un simple acteur soumis aux exigences françaises.
G. Salah Eddine
