Salah Ouzrourou, Ancien moudjahid et historien, à Alger16 : «le Congrès de la Soummam a unifié l’ensemble du peuple algérien»

Salah Ouzourou est un grand moudjahid de notre glorieuse Révolution. Il fait partie de ces témoins vivants qui incarnent la mémoire de la Révolution algérienne. Ancien combattant de la Wilaya III, il a traversé les épreuves les plus rudes de la guerre de libération, gardant jusqu’à aujourd’hui la force du récit et la clarté du regard sur cette période fondatrice.
À l’instar de plusieurs autres occasions, Alger16 a eu l’honneur et le privilège d’échanger avec lui à son grand âge. Cette fois-ci, nous revenons avec lui sur une date charnière de l’histoire nationale, le 20 Août, pour recueillir ses réflexions, ses souvenirs et les enseignements qu’il souhaite transmettre aux générations futures.

Entretien réalisé par G. Salah Eddine

En ce 20 Août, moment clé de notre glorieuse Révolution, quel enseignement tirez-vous de cette date plusieurs décennies après l’indépendance ?
C’est une date très importante, d’abord pour ce qui s’est passé à Constantine et pour le congrès de la Soummam, le 20 août 1956. Ce congrès a unifié l’ensemble du peuple algérien. Le découpage des régions élaboré à cette occasion nous renseigne sur la justesse et la maturité politique des responsables ayant participé à ce congrès. Il nous appartient de leur rendre un grand hommage au lieu de les dénigrer.

Justement, comment analysez-vous aujourd’hui l’héritage politique et organisationnel du congrès de la Soummam et son rôle dans la structuration de la lutte armée ?
Grâce à ce découpage, une organisation administrative a vu le jour, à savoir : 6 wilayas, dans chacune d’elles, 4 zones au sein desquelles on trouve 4 régions, lesquelles sont subdivisées en 4 secteurs.
De la base (secteur) jusqu’au sommet (wilaya) sont désignées des personnes, selon leur compétence, pour assurer le commandement de ces structures : un chef, secondé par 3 hommes de même grade ayant chacun comme prérogatives : responsable militaire, commissaire politique, responsable liaison et renseignements. À ceux-là s’ajoutent, autant que je m’en souvienne, d’autres responsables assurant diverses fonctions dont : intendant, Habous, UGTA. On retrouve les mêmes organisations et structures à tous les niveaux, soit du secteur jusqu’à la wilaya.

En tant qu’ancien combattant, quel souvenir le plus marquant gardez-vous des combats ou des sacrifices liés à cette période, et comment ces souvenirs influencent-ils votre regard actuel sur l’Algérie ?
En tant qu’ancien combattant exerçant dans la Wilaya III, Zone IV, le souvenir le plus marquant que j’ai gardé est sans doute la fameuse opération Jumelles organisée et exécutée par le général Challe et commanditée par le général De Gaulle, président de la République française. C’était un rouleau compresseur. D’après moi, cette opération qui a débuté en juillet 1959 n’a cessé qu’avec l’avènement du cessez-le-feu, en mars 1962.

Comment l’opération Jumelles s’est-elle traduite concrètement sur le terrain et quel impact a-t-elle eu ?
Après avoir obtenu des renforts en hommes (on parlait de 50 000 soldats), d’importants matériels de guerre (avions, chars, canons de gros calibre, dont une bonne partie fournie par l’Otan), de grandes opérations de ratissage furent entamées, des villages bombardés, des populations déplacées dans des centres de concentration, lesquels étaient entourés de fils barbelés. Deux passages étaient ouverts sous le contrôle des soldats. Les champs situés en dehors de ces centres de regroupement étaient déclarés zones interdites. Seuls les chemins menant vers les fontaines et empruntés uniquement par des femmes étaient autorisés. Les forêts jadis inaccessibles aux soldats français furent pénétrées par ces derniers pour surveiller les points d’eau, nous embusquer et empoisonner les sources. C’était la manière d’isoler les combattants du peuple. Aussi, au sein de ces centres, il n’y avait que des femmes, des vieux et des enfants ; le reste était soit au maquis, soit en prison, soit des fuyards résidant dans les villes pour échapper aux atrocités de la soldatesque française.

Quel message souhaitez-vous transmettre à nos jeunes ?
Le message que je voudrais transmettre à notre jeunesse sera direct. Je lui dis que ma génération a libéré le territoire, mais il reste beaucoup à faire pour notre pays, ça sera le rôle de notre jeunesse. J’espère que nos enfants et petits-enfants prendront le flambeau pour parachever notre indépendance. Gloire à nos martyrs.
G. S. E.

ALGER 16 DZ

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