
Le marché algérien des hydrocarbures non conventionnels s’impose désormais comme l’un des axes majeurs de la stratégie d’expansion d’Exxon Mobil à l’international. Présent à Oran lors des travaux du North Africa Petroleum Exhibition and Conference (NAPEC), Jonathan Wilson, directeur d’exploration d’Exxon Mobil en Algérie, a confirmé l’intérêt prioritaire de la major américaine pour le territoire algérien.
« L’Algérie est en tête de nos objectifs d’extension sur le marché international. Espérons que nous ferons partie des compagnies qui participeront au développement de cette ressource sur le marché algérien », c’est sur ces mots qu’a raisonné la déclaration du patron de la major en Algérie. Une déclaration qui réaffirme clairement et sans ambigüité la place stratégique qu’occupe l’Algérie dans la cartographie énergétique mondiale du groupe.
D‘ailleurs, cet intérêt d’Exxon Mobil pour le marché algérien n’est pas nouveau. Depuis plusieurs années, la compagnie américaine observe avec attention les réformes opérées par Alger, notamment la nouvelle loi sur les hydrocarbures et les dispositifs fiscaux incitatifs qui l’accompagnent. Pour Jonathan Wilson, ces réformes constituent un signal fort adressé aux investisseurs internationaux :
« L’Algérie dispose d’atouts importants en termes de ressources naturelles, d’infrastructures de base et d’une proximité des marchés internationaux. Des facteurs qui lui permettent de se positionner comme un acteur clé dans la région », a-t-il souligné.
Ce regain d’intérêt s’inscrit dans une conjoncture énergétique mondiale marquée par la recherche de nouvelles sources d’approvisionnement et la diversification des partenariats. L’Algérie, forte de ses immenses réserves gazières et de son positionnement géostratégique entre l’Afrique, la Méditerranée et l’Europe, se présente aujourd’hui comme un partenaire incontournable pour les grandes compagnies énergétiques.
Technologie et transition énergétique
Au-delà de la perspective d’investissement, Exxon Mobil mise sur son expertise technologique pour renforcer la coopération bilatérale dans le domaine des hydrocarbures non conventionnels. Jonathan Wilson a mis en avant les avancées techniques de la major américaine, en particulier dans la réduction des émissions et la rentabilité des opérations d’extraction :
« L’exploitation des hydrocarbures non conventionnels exige le recours à des technologies de pointe pour à la fois réduire le coût de production et les émissions de gaz à effet de serre. Notre technologie peut être adaptée en Algérie en raison des similitudes existantes entre le bassin Permian et les réservoirs algériens », a-t-il expliqué.
Cette convergence technologique pourrait, à terme, faire de l’Algérie un pôle régional de référence en matière d’exploitation durable des ressources énergétiques. D’ailleurs, le responsable d’Exxon Mobil précise que son groupe vise à porter sa production de 1,8 à 2,3 millions de barils équivalent pétrole en ressources non conventionnelles d’ici 2030, avec un objectif ambitieux de zéro émission nette de carbone.
« Les responsables de la Sonatrach ont déjà visité nos installations et ont obtenu des explications sur le processus de production des hydrocarbures non conventionnels à faible émission de carbone », a-t-il indiqué.
Partenariat avec Sonatrach
Les discussions entre Exxon Mobil et la Sonatrach avancent à un rythme soutenu. Après la signature d’un accord d’entente en 2023, les deux partenaires s’apprêtent à conclure un contrat d’exploitation des gisements de Ahnet et Gourrara, deux zones considérées parmi les plus prometteuses du Sud algérien.
Les négociations, actuellement centrées sur le volet commercial, se veulent rigoureuses et méticuleuses : « Chaque mot transcrit est passé sous la loupe pour éviter toute interprétation des textes contenus dans le contrat », a précisé un responsable du groupe public des hydrocarbures.
Ce partenariat, au-delà de sa dimension économique, traduit une évolution stratégique dans les relations énergétiques algéro-américaines, fondées sur la complémentarité et la confiance technologique. Exxon Mobil, symbole de la puissance énergétique américaine, voit en l’Algérie un terrain d’innovation et de stabilité, tandis que Sonatrach y trouve une opportunité de moderniser sa chaîne de valeur et de renforcer sa présence sur le marché mondial des énergies.
Une perspective énergétique redéfinie
Dans le même sens, il faut savoir qu’Exxon Mobil n’est pas seule à convoiter les potentialités du sous-sol algérien. Son compatriote Chevron s’est également positionné dans la course. Chevron –qui a activement participé au NAPEC également- souhaite capitaliser sur les gisements d’Ahnet et Berkine pour se propager. Cela illustre surtout une véritable restructuration géoéconomique du paysage énergétique algérien autour d’acteurs internationaux de premier plan.
À travers l’intérêt manifeste d’Exxon Mobil et de Chevron, c’est toute la perception de l’Algérie dans la géopolitique mondiale de l’énergie qui se transforme. L’enjeu ne se limite plus à la seule exploitation des ressources, mais à la construction d’un modèle de coopération technologique durable, conciliant performance économique, sécurité énergétique et transition écologique.
L’alliance émergente entre Sonatrach et Exxon Mobil illustre une dynamique nouvelle : celle d’une Algérie capable d’attirer les plus grandes majors mondiales, non pas seulement pour ses richesses naturelles, mais pour sa capacité à penser l’énergie de demain.
G. Salah Eddine
