Le Recteur de la Grande Mosquée de Paris tranche :«Le mois sacré se fonde sur la lune, pas sur les institutions»

Le recteur de la Grande Mosquée de Paris, M. Chems-Eddine Hafiz, est revenu samedi dernier sur la polémique survenue en France sur le premier jour du Ramadan. Il a vivement critiqué le Conseil français du culte musulman.

Le Ramadan 2026 en France a été marqué par une controverse rare mais révélatrice sur la fixation du premier jour du mois sacré. La Grande Mosquée de Paris a annoncé le début du jeûne pour le mercredi 18 février, tandis que le Conseil français du culte musulman (CFCM) a choisi la date du 19 février. Cette divergence, suivie par des mosquées comme celles de Strasbourg et de Reims qui se sont alignées sur le CFCM, révèle des fractures profondes au sein des instances représentatives de l’islam en France et met en lumière les enjeux de légitimité et de contrôle du culte musulman dans l’Hexagone.
Face à la polémique, le CFCM a détaillé samedi dernier les « raisons réelles » de cette divergence survenue mardi 17 février. L’instance, présidée par le Franco-Marocain Mohammed Moussaoui, accuse la Grande mosquée de Paris d’avoir été influencée par l’Arabie saoudite dans la détermination du premier jour du Ramadan. « Malheureusement, à l’occasion de la réunion de la « nuit du doute », organisée par la Grande Mosquée de Paris le 17 février 2026, avec la participation de MF (Musulmans de France), FFAIACA et Foi et pratique débouchant sur le choix du 18 février pour débuter le jeûne, le CFCM a été surpris, comme de nombreux acteurs du culte musulman, de ce choix lourd de conséquences. Il semblerait par ailleurs qu’il ait été considérablement influencé par la décision de l’Arabie saoudite », écrit l’organisme fondé sous la présidence de Nicolas Sarkozy.
Le CFCM, accusé de semer la division, se défend en affirmant qu’il «n’a fait qu’appliquer les critères qu’il a toujours affichés dans la plus grande transparence, en assumant son devoir et son rôle d’instance représentative du culte musulman ». L’organisation va jusqu’à remettre en question la décision saoudienne de fixer le mercredi comme premier jour du Ramadan, « avant que quiconque dans le monde ait pu observer la nouvelle lune », selon elle. La réaction du recteur de la Grande Mosquée de Paris, Chems-Eddine Hafiz, a été rapide et ferme. Dans la soirée de samedi, il a publié une mise au point rappelant que le début du mois sacré « n’est pas le fruit d’un «choix » institutionnel ou humain.
Pour lui, la détermination du Ramadan repose avant tout sur l’observation du croissant lunaire, conformément à l’enseignement prophétique : « Jeûnez à sa vision et rompez à sa vision.» Hafiz souligne que « ce ne sont pas les institutions qui établissent le mois sacré, mais le cycle lunaire, selon la méthode qu’elles estiment conforme à leurs références juridiques et théologiques».
Depuis près d’un siècle, la Grande Mosquée de Paris « assure cette annonce pour les grands moments du calendrier cultuel » en France. Hafiz insiste sur le fait que cette responsabilité n’implique pas une représentativité absolue de toutes les sensibilités musulmanes du pays, mais qu’elle confère à l’institution la «légitimité d’annoncer les repères majeurs de la vie religieuse dans un souci de stabilité et d’apaisement ».
Le recteur tranche ainsi le débat sur la légitimité entre la Grande Mosquée de Paris et le CFCM : « La question n’est donc pas celle d’une compétition de représentativité, mais celle de la sérénité des fidèles qui ont majoritairement suivi cette annonce, signe d’une confiance construite dans la durée. » Il ajoute qu’« il n’appartient pas davantage à une instance française de mettre en doute les décisions prises par les autorités religieuses d’autres pays musulmans», répondant ainsi aux critiques du CFCM concernant l’influence supposée de l’Arabie saoudite. M. Hafiz met en garde contre toute interprétation qui remettrait en cause la sincérité ou la rigueur des autorités religieuses étrangères, soulignant qu’« une telle lecture serait théologiquement délicate ». Il rappelle que la Grande Mosquée de Paris « ne s’érige ni en arbitre des autres nations musulmanes ni en concurrente d’autres instances françaises ».
« Sa seule boussole demeure la tranquillité des croyants, l’unité spirituelle et la continuité du culte. Elle continuera d’assumer cette responsabilité dans l’esprit qui a toujours été le sien : celui d’un repère culturel au service de tous, sans exclusive et sans polémique », affirme-t-il.
Cette déclaration met en lumière la position de la Grande Mosquée de Paris comme garant de la stabilité et de la sérénité dans la vie religieuse des musulmans de France, dépassant les enjeux de pouvoir institutionnels et affirmant une mission centrée sur le culte et la cohésion des fidèles. Elle rappelle que, malgré les rivalités ou les critiques, l’objectif premier reste l’apaisement et le respect de la tradition dans un contexte contemporain complexe, où les questions de représentativité et de légitimité se mêlent aux influences extérieures et aux attentes d’une communauté diversifiée.
G. S. E.

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