
La Journée mondiale de l’Afrique, célébrée dimanche dernier, au siège du ministère des Affaires étrangères, a servi de cadre à une prise de parole dense, structurée et résolument tournée vers la projection continentale. Une intervention portée par le ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires africaines, Ahmed Attaf, qui a réaffirmé l’engagement de l’Algérie dans le renforcement de l’action africaine commune, sous la conduite du président de la République, Abdelmadjid Tebboune.
À l’heure où les équilibres africains se recomposent sous la pression des crises sécuritaires, des transitions politiques et des rivalités économiques globales, la Journée mondiale de l’Afrique prend une dimension qui dépasse largement le symbole. Elle devient un révélateur d’orientation stratégique. C’est dans ce contexte que s’est exprimée la position algérienne, portée par une lecture à la fois historique, politique et prospective du continent.
Dès l’ouverture de son allocution, le ministre a replacé cette célébration dans une perspective historique et politique large, en soulignant que cet événement est l’occasion de « rappeler le projet politique, stratégique et civilisationnel unissant les Etats et les peuples africains depuis la création de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), fondé sur la libération, la construction des Etats-Nations et le renforcement de la place du continent en tant que partenaire, initiateur et acteur responsable sur la scène internationale, jouissant des mêmes droits et devoirs que les autres ».
Dans ce cadrage, l’Afrique n’est pas un espace périphérique, mais un acteur en construction permanente, encore en quête de pleine reconnaissance dans les équilibres internationaux. Une logique dans laquelle l’Algérie entend inscrire plus clairement sa politique africaine.
UNE PRÉSENCE DIPLOMATIQUE EN EXPANSION
Le ministre a ainsi indiqué que le renouveau de la politique africaine de l’Algérie s’est matérialisé à travers la dynamique impulsée par le président de la République, M. Abdelmaddjid Tebboune, à la diplomatie algérienne dans sa dimension africaine, à la fois sur les plans bilatéral, régional et continental. Une évolution qui traduit une volonté de structurer l’action extérieure autour d’un axe africain plus assumé et plus opérationnel. Cette orientation s’illustre, selon M. Attaf, par une évolution concrète du réseau de représentation. Le nombre d’ambassades algériennes accréditées auprès des pays africains est passé de 29 à 38, à la suite de l’ouverture de neuf nouvelles représentations au cours des dernières années. Dans le même temps, quatre nouvelles ambassades de pays africains ont été ouvertes à Alger, tandis que quatre autres États s’apprêtent à suivre ce mouvement.
Sur le plan politique et sécuritaire, le ministre a réaffirmé « l’attachement de l’Algérie aux principes fondateurs de l’action africaine commune, à leur tête le droit des peuples à l’autodétermination, le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des Etats, la non-ingérence dans leurs affaires intérieures et la primauté des solutions politiques et diplomatiques ».
INFRASTRUCTURES ET CAPITAL HUMAIN
Dans le domaine des infrastructures de liaison, le ministre a mis en exergue le développement du réseau de la compagnie Air Algérie sur le continent africain. Le nombre de destinations est passé de quelques lignes seulement à 12 actuellement, avec un objectif affiché d’atteindre 20 lignes dans un avenir proche. Derrière ces chiffres, se dessine une logique simple : sans connectivité physique, l’intégration régionale reste théorique. La diplomatie aérienne devient ainsi un outil stratégique de rapprochement économique et humain.
UNE VISION ÉCONOMIQUE DE L’INTÉGRATION
Sur le plan économique, l’Algérie affirme son adhésion, « par conviction », aux efforts visant à réaliser l’intégration économique continentale. Cette ambition s’incarne notamment dans plusieurs projets structurants : la Route transsaharienne, le projet de gazoduc transsaharien, ainsi que l’étude portant sur l’extension du réseau ferroviaire algérien vers les pays du Sahel. Dans la même logique, le ministre a mis en avant la contribution de l’Algérie à l’augmentation des échanges intra-africains, rappelant que la 4e édition de la Foire commerciale intra-africaine (IATF), organisée en Algérie, avait abouti à la conclusion de contrats d’une valeur globale de 23 milliards de dollars.
LECTURE ALGÉRIENNE DES CRISES RÉGIONALES AFRICAINES
Abordant le sujet sur les différents foyers de tension touchant le continent, le ministre a rappelé l’approche algérienne centrée sur la stabilité et le dialogue. En Libye, elle soutient les efforts déployés par les Nations unies pour faire avancer le processus politique, soulignant la nécessité de renforcer les initiatives internationales en appui à ce cadre. Dans la région du Sahel, notamment au Mali, pays frontalier, le ministre appelle les parties à « privilégier la logique du dialogue et l’approche d’un règlement politique consensuel et inclusif, à même de préserver l’unité et l’intégrité territoriale du Mali». La même position est réaffirmée concernant la Somalie, avec un soutien à son unité nationale, accompagné d’une condamnation de l’ouverture par le « Somaliland » d’une prétendue ambassade à El-Qods occupée. Au Soudan, l’appel est clair : retour à la raison, responsabilité politique et fin des ingérences étrangères. Ces trois aspects sont, selon le ministre, «une exigence incontournable ».
UNE POSITION CONSTANTE POUR LA RASD ET LA PALESTINE
Concernant la question du Sahara occidental, le ministre a indiqué que les derniers développements enregistrés dans ce dossier « confirment la pertinence de ce à quoi l’Algérie n’a cessé d’appeler durant les cinq dernières décennies, à savoir l’organisation de négociations directes entre le royaume du Maroc et le Front Polisario », saluant, à ce titre, le processus de négociations lancé au début de l’année en cours, sous l’égide conjointe des Nations unies et des Etats-Unis. Il a, à ce propos, exprimé l’espoir de l’Algérie de voir ces négociations aboutir à une solution « juste, durable et définitive » garantissant au peuple sahraoui son droit à l’autodétermination, conformément aux résolutions des Nations unies.
Abordant la question palestinienne, le ministre a dénoncé « les crimes commis par l’autorité d’occupation israélienne à Ghaza et en Cisjordanie », estimant qu’ils s’inscrivent dans une logique visant à empêcher toute perspective d’établissement d’un État palestinien.
À travers cette intervention, se dessine une ligne claire : l’Algérie cherche à consolider son rôle africain en combinant diplomatie institutionnelle, infrastructures de connectivité, investissement humain et positionnement politique constant. Une approche globale qui vise à inscrire l’action africaine dans une logique de long terme, à la fois pragmatique et structurante, dans un continent en pleine recomposition stratégique.
G. Salah Eddine
