Hydrogène vert et South2 : l’Algérie au cœur du futur marché euro-méditerranéen

Le marché régional de l’hydrogène vert commence à prendre forme. Après plusieurs années de discussions, d’études et de déclarations d’intention, le projet se rapproche désormais du terrain. La signature, jeudi dernier à Alger, de la Déclaration d’Alger par les cinq pays engagés dans le corridor, l’Algérie, la Tunisie, l’Italie, l’Autriche et l’Allemagne, marque à ce titre une nouvelle étape dans la construction d’un marché euro-méditerranéen de l’hydrogène vert.

Derrière cette signature se dessine une ambition qui dépasse largement la seule question du transport de la molécule verte vers l’Europe. Financement, production, infrastructures, coopération industrielle et débouchés commerciaux : les cinq partenaires ont posé les différents éléments d’un futur écosystème appelé à accompagner l’émergence de l’économie de l’hydrogène sur les deux rives de la Méditerranée.
Le changement de rythme est particulièrement visible en Algérie. Deux ans après la signature, en octobre 2024, d’un accord d’intention politique, les partenaires cherchent désormais à franchir un nouveau cap, avec des efforts davantage orientés vers la concrétisation du projet. Au cœur de cette dynamique figure ALTH2A, présenté comme l’un des principaux cadres de coopération algéro-européenne dans le développement de l’hydrogène vert.
Après les premières études consacrées à la viabilité du SoutH2 Corridor, de nouvelles études ont ainsi été lancées jeudi dernier à Alger. Leur objectif est concret : identifier les sites susceptibles d’accueillir des projets d’investissement tout au long de la chaîne de valeur de l’industrie de l’hydrogène vert en Algérie.
Les résultats de ces travaux sont attendus l’année prochaine, selon le ministre de l’Energie et des Energies renouvelables, Mourad Adjal. Une échéance qui donne une idée du changement de phase engagé : il ne s’agit plus seulement de savoir si l’Algérie peut produire et exporter de l’hydrogène vert, mais de déterminer où, comment et avec quels partenaires cette future industrie pourra se développer.
Car derrière le développement du corridor de transport, c’est toute une industrie qui pourrait progressivement se structurer. La mise en place des infrastructures nécessaires au SoutH2 Corridor pourrait, en effet, attirer dans son sillage des investissements dans la production, les équipements, le stockage, la transformation et les technologies associées à l’hydrogène.
Pour l’Algérie, l’enjeu est donc double. Il s’agit, d’une part, de tirer profit de ses atouts énergétiques et de son potentiel en matière d’énergies renouvelables pour devenir un fournisseur important du futur marché européen. Mais il s’agit également de ne pas se limiter au rôle de producteur et d’exportateur de molécules vertes.
L’ambition est de faire émerger progressivement une chaîne de valeur locale, capable d’intégrer une partie des équipements, des services et des activités industrielles nécessaires à cette nouvelle filière. Cela suppose notamment de renforcer les partenariats technologiques avec les entreprises européennes et de favoriser le transfert de savoir-faire vers les opérateurs algériens.
À terme, l’objectif est de voir se constituer un tissu industriel couvrant plusieurs maillons, depuis la fabrication des équipements jusqu’à la production et à la transformation de l’hydrogène en produits destinés au marché européen.
C’est précisément cette dimension industrielle que le ministre de l’Energie et des Energies renouvelables a mis en avant lors de la réunion ministérielle des cinq pays.
Pour lui, «le SoutH2 ne se limite pas à un projet stratégique d’infrastructures énergétiques. Il constitue l’un des piliers essentiels du développement d’une économie de l’hydrogène intégrée dans le Bassin méditerranéen. Le projet ouvre, en effet, de larges perspectives pour développer les chaînes de valeur qui y sont associées, mais aussi soutenir l’industrialisation, l’investissement et la création de nouvelles opportunités de développement économique et industriel», a-t-il souligné.
Cette lecture donne au corridor une portée bien plus large que celle d’une simple infrastructure de transport. Le SoutH2 pourrait devenir l’une des artères autour desquelles se construira une nouvelle industrie énergétique, avec l’Europe comme principal marché et l’Afrique du Nord comme l’un de ses espaces de production.

Les investissements européens se précisent
Cette perspective commence d’ailleurs à attirer l’attention des entreprises européennes. Avec un montant d’investissement estimé à 24 milliards de dollars pour la mise en œuvre du programme national de l’hydrogène vert, l’Algérie cherche à transformer son potentiel énergétique en opportunités industrielles concrètes.
L’intérêt est particulièrement visible des côtés allemand et autrichien. Des délégations représentant des entreprises de ces deux pays ont séjourné à Alger fin septembre à la recherche d’opportunités sur le marché algérien. La réunion ministérielle des cinq pays a ainsi offert un cadre politique à des discussions qui se jouent désormais aussi sur le terrain économique.
L’Allemagne occupe, dans ce dispositif, une place particulière. Depuis 2023, Berlin accompagne Alger dans les efforts visant à mettre en place un environnement favorable au développement de la filière de l’hydrogène vert. La coopération ne porte donc plus uniquement sur les orientations générales, mais s’étend progressivement aux questions de financement, d’investissement et de développement industriel.
Un forum d’affaires algéro-allemand a ainsi été organisé en marge de la réunion ministérielle. L’objectif était de rapprocher les entreprises des deux pays et d’examiner les perspectives de partenariat, mais également les différentes formules susceptibles de financer les futurs projets.
Car le financement sera l’un des nerfs de cette nouvelle industrie. Produire de l’hydrogène vert à grande échelle, développer les infrastructures nécessaires à son transport et construire les installations industrielles associées nécessitent des investissements lourds et des engagements sur le long terme.
Selon l’agence allemande GIZ, les discussions ont notamment porté sur l’état d’avancement du développement de l’hydrogène vert en Algérie, mais aussi sur «les mécanismes de financement et de soutien proposés par la partie allemande et européenne, comme c’est bien le cas des programmes de financement de projets internationaux liés à l’hydrogène vert, H2Uppp, H2Global, le Fonds pour l’hydrogène vert de la Banque européenne d’investissement», souligne l’Agence allemande de coopération internationale.
Ces mécanismes pourraient jouer un rôle déterminant dans le passage des projets du papier au chantier. Pour les investisseurs, la question n’est plus uniquement celle du potentiel de production, mais également celle de la capacité à sécuriser les financements, les débouchés et les infrastructures sur plusieurs décennies.
C’est là que le SoutH2 Corridor prend toute sa dimension. En reliant les capacités de production nord-africaines aux marchés européens, il peut contribuer à donner aux futurs producteurs une visibilité sur leurs débouchés, tout en offrant aux investisseurs un cadre régional pour développer des projets intégrés.
La Déclaration d’Alger intervient donc à un moment où plusieurs pièces commencent à s’emboîter. Les études de viabilité ont ouvert la voie aux études de localisation, les discussions politiques se prolongent par des rencontres avec les entreprises et les mécanismes de financement commencent à être identifiés.
Le SoutH2 Corridor pourrait servir de colonne vertébrale à cette transformation énergétique. Car l’objectif qui se dessine derrière les accords et les études n’est pas seulement d’acheminer demain de l’hydrogène algérien vers l’Europe. Il s’agit de faire émerger, autour de cette molécule, une nouvelle chaîne de valeur industrielle reliant les producteurs nord-africains aux entreprises et aux marchés européens.
La signature de la Déclaration d’Alger donne ainsi un nouveau relief à cette ambition. Après les années de préparation, le prochain rendez-vous sera celui des projets, des investissements et des premières réalisations. Et c’est à ce moment-là, bien plus que dans les salles de conférences, que se mesurera la portée réelle de la nouvelle économie de l’hydrogène.
G. Salah Eddine

ALGER 16 DZ

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