Aymen Mahieddine (écrivain) à Alger16 : «Le SILA n’est pas un simple lieu d’exposition, mais un véritable espace de rencontre humaine et intellectuelle»

Le Salon international du livre d’Alger (Sila 2025) s’affirme plus que jamais comme le miroir d’un renouveau culturel vibrant. L’édition de cette année met en lumière une génération d’auteurs jeunes, audacieux et profondément connectés à leur époque. Venus d’horizons multiples, ils réinventent la littérature algérienne, la rendant plus libre, plus introspective et résolument universelle. Parmi ces nouvelles voix, Aymen Mahieddine s’impose avec une écriture à la croisée de la philosophie et du réalisme. Sa participation remarquée au Sila, ponctuée par une séance de dédicace très suivie de son livre « Achwaiyat », confirme sa place dans cette mouvance qui repense la façon de raconter l’Algérie d’aujourd’hui. À cette occasion, Alger16 a échangé avec lui pour évoquer son parcours, sa vision de la littérature contemporaine et son rapport à la liberté créative.

Alger16 : Votre participation au Salon international du livre d’Alger 2025 et la signature de votre ouvrage marquent une étape importante dans votre parcours littéraire. Quel est votre ressenti ?
Aymen Mahieddine : D’abord, laissez-moi vous remercier pour votre intérêt pour mon œuvre. C’est un grand honneur pour moi d’accorder cette interview à Alger16, et j’espère être à la hauteur des attentes des lecteurs. Comme vous l’avez mentionné, il s’agit de ma première participation au Salon international du livre et je n’ai pas vraiment les mots pour décrire ce que je ressens. J’ai enfin réussi à concrétiser l’un de mes objectifs. Le fait de rencontrer les lecteurs algériens donne une saveur particulière à cette expérience, surtout quand on se rend compte que son livre touche un large public. C’est une source de fierté et une motivation supplémentaire pour poursuivre le chemin de la création.

Votre livre semble trouver un écho particulier auprès des jeunes lecteurs. Selon vous, qu’est-ce qui explique cet engouement ?
Oui, je dirais que c’est parce qu’il s’adresse directement aux jeunes. Le style d’écriture parle du réel, des expériences, des ambitions, de la vie en général, avec un regard sincère. Certains disent que c’est une approche philosophique teintée de noirceur, mais je préfère l’appeler une vision réaliste, car les expériences que nous vivons varient d’une personne à une autre.
Dans la vie, certaines situations nous semblent être des tremplins vers le succès, parce que nous le voulons, alors que d’autres y voient des étapes nécessaires, parce que nous en avons besoin. Je pense que ces thématiques parlent énormément aux jeunes. Ajoutons à cela que la jeunesse algérienne est suffisamment consciente pour distinguer ce qui est ordinaire de ce qui est authentique.

On parle beaucoup d’une nouvelle vague d’auteurs algériens jeunes, écrivant avec audace et affranchis des anciens codes littéraires. Où vous situez-vous dans ce mouvement ? Et quel regard portez-vous sur cette génération montante ?
Je ne saurais donner un nom précis à ce mouvement, mais c’est vrai on le remarque et je pense pouvoir le décrire. Alors je pense que la jeunesse algérienne notamment les nouveaux auteurs ne sont pas du genre à vouloir mener une vie ordinaire, car il n’y a rien de captivant là-dedans. Notre curiosité et notre passion nous poussent à écrire et à créer. Nous aimons vivre librement, sans les contraintes imposées par la société. Pourquoi chercherions-nous à vivre comme les autres alors qu’un vaste monde nous attend, prêt à être transformé ? C’est ce qui nous passe par la tête, très souvent.
Tous ces écrivains dont vous parlez étaient autrefois des gens ordinaires, qui ne connaissaient pas le sens du rêve. Ils se moquaient de l’aventure et de l’inconnu, et les voilà aujourd’hui en train de hisser la voile du navire vers l’océan inexploré de la création.

La scène littéraire algérienne connaît aujourd’hui des transformations profondes : entrecroisement des langues, diversité des formes littéraires, essor de l’écriture numérique… Pensez-vous que ces mutations renforcent l’identité littéraire nationale ou qu’elles la fragilisent ?
C’est vrai, je pense que la réponse à cette question comporte deux volets.
D’un côté, les transformations que connaît la scène littéraire algérienne traduisent la réalité d’une société culturellement et linguistiquement plurielle. Elles révèlent la vitalité de la création et sa capacité d’adaptation à l’époque contemporaine. Le recours à l’arabe et à la langue amazighe, mais aussi aux langues étrangères comme le français ou l’anglais, reflète la diversité authentique qui caractérise l’identité algérienne. Cela prouve que la littérature nationale n’est pas fermée sur elle-même, mais ouverte et en dialogue avec le monde. Sous cet angle, ces évolutions renforcent indéniablement l’identité littéraire du pays.
Cependant, il existe un risque inverse : celui de la dilution. Ces mutations peuvent affaiblir cette même identité si la diversité devient dispersion, ou si l’auteur perd conscience de ses racines culturelles et se met à imiter des modèles étrangers dépourvus d’esprit local.
Autrement dit, s’il puise dans les croyances et les imaginaires d’autres sociétés sans garder un ancrage propre, cette ouverture peut se transformer en menace. D’où la nécessité d’aborder ces transformations avec intelligence, en les transformant en opportunités pour redéfinir l’identité littéraire nationale à la lumière de la mondialisation, tout en veillant à ce que la création algérienne reste fidèle à son âme, à sa mémoire et à son histoire, quelles que soient ses langues ou ses formes d’expression.

Dans votre ouvrage, vous abordez des thèmes à portée universelle, mais profondément enracinés dans la réalité algérienne contemporaine. Comment conciliez-vous la dimension personnelle et la dimension collective dans votre écriture ?
En réalité, les sujets que j’ai traités dans mon livre sont des idées apparemment dispersées, mais liées par un même fil. Elles explorent la relation de l’individu avec lui-même, avec sa société et même avec la vie en général. Je pars du principe que chaque être humain détient une parcelle de vérité, une partie d’un tout plus vaste. Autrement dit, la vérité que possède un individu complète celle des autres, et ensemble elles composent les multiples facettes de la vérité collective au sein de la société.
Ces vérités découlent de deux sources : la première est divine, révélée par Dieu dans le Coran et la Sunna, selon la mesure de notre esprit humain limité. La seconde est issue de la recherche et de la découverte. Par nature, l’homme est curieux, il cherche à comprendre. À travers les expériences humaines, nous découvrons des vérités sur nous-mêmes, sur la vie et sur le monde, portées par différentes visions philosophiques.

Le Salon international du livre offre un espace de rencontre entre auteurs, éditeurs et lecteurs. Quelle importance accordez-vous à ces échanges ?
Pour moi, le Salon international du livre n’est pas un simple lieu d’exposition, mais un véritable espace de rencontre humaine et intellectuelle. En rencontrant les lecteurs, les écrivains et les éditeurs, je découvre de nouvelles manières d’écrire et de percevoir la littérature. J’apprends comment mes mots résonnent au-delà des pages.
Ces échanges nourrissent ma démarche, car ils me rappellent que la littérature n’est pas un isolement total, mais un dialogue permanent entre l’auteur et le monde. Parfois, une simple remarque d’un lecteur ou une observation d’un autre écrivain peut transformer ma vision de l’écriture, ou m’inspirer un sujet auquel je n’avais jamais songé.

Enfin, au-delà du succès et de la notoriété, quel message ou quelle empreinte humaine souhaitez-vous laisser à vos lecteurs à travers vos œuvres ?
Je souhaite avant tout adresser un message à la fois simple et profond : que le lecteur se retrouve dans mes mots, qu’il sente qu’il n’est pas seul à porter ses questions, ses déceptions et ses rêves. Je n’écris pas pour donner des réponses toutes faites, mais pour rappeler à chacun qu’il n’est pas seul dans ses luttes intérieures, et qu’il y a une beauté dans chaque blessure, un sens dans chaque chute. J’espère que mes œuvres seront comme un miroir qui éclaire le côté humain en chacun de nous, et qu’elles rappelleront que la parole peut guérir autant qu’elle peut blesser. Et surtout, souvenez-vous toujours d’une chose : suivez la volonté de la liberté qui vous anime.
G. S. E.

ALGER 16 DZ

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