
L’opérateur de téléphonie mobile Ooredoo a organisé, hier, à son siège d’Ouled Fayet (Alger), une session de formation au profit des journalistes accrédités. Placée sous le thème «L’économie numérique : comprendre les transformations mondiales pour analyser ses enjeux en Algérie », cette rencontre a été animée par Abderrahmane Hadef, expert en géoéconomie.
Cette session, qui entre dans le cadre de la 86ᵉ édition du Club de presse Ooredoo, a permis aux journalistes de mieux appréhender les profondes mutations numériques qui redessinent l’économie mondiale, ainsi que les opportunités qu’elles ouvrent à l’Algérie.
Dès le début de son intervention, Abderrahmane Hadef a rappelé que le numérique est devenu l’un des principaux moteurs de la croissance économique mondiale. Il a souligné qu’en 2025, le monde comptait près de 5,56 milliards d’utilisateurs d’Internet, 5,31 milliards d’utilisateurs des réseaux sociaux et 5,78 milliards de connexions mobiles, soit un taux de pénétration d’Internet avoisinant les 67,9 %. Selon lui, le volume mondial des données atteint désormais 181 zettaoctets, illustrant l’ampleur de la révolution numérique.
Évoquant les grandes puissances du numérique, l’expert a indiqué que les États-Unis et la Chine se livrent une compétition intense pour dominer les infrastructures numériques et l’intelligence artificielle, tandis que l’Union européenne mise davantage sur la souveraineté des données et une régulation éthique du numérique. Il a également cité la Corée du Sud et Singapour, qu’il considère comme des références mondiales grâce à leur excellence technologique et à leurs écosystèmes d’innovation particulièrement développés.
Abordant l’essor de l’intelligence artificielle, Abderrahmane Hadef a indiqué que cette technologie pourrait générer près de 15.700 milliards de dollars de valeur ajoutée à l’économie mondiale d’ici 2030. Il a expliqué que l’IA ne constitue plus une simple innovation technologique, mais un véritable levier de productivité capable de transformer des secteurs aussi variés que la santé, l’industrie, la recherche scientifique, la défense, les services publics ou encore les entreprises.
L’expert a également insisté sur le rôle stratégique des données, qu’il considère désormais comme le nouveau capital des États et des entreprises. Elles permettent d’améliorer la productivité, de personnaliser les services, d’entraîner les modèles d’intelligence artificielle et d’optimiser la prise de décision à tous les niveaux.
Revenant sur l’évolution des opérateurs de télécommunications, Abderrahmane Hadef a expliqué que ceux-ci ne sont plus de simples fournisseurs de téléphonie, d’Internet ou de SMS. Ils évoluent progressivement vers le modèle TechCo, en développant des services de cloud, de cybersécurité, d’intelligence artificielle, de Data Centers, de paiement mobile et de solutions destinées aux entreprises. Il a rappelé que les opérateurs télécoms génèrent aujourd’hui plus de 6.500 milliards de dollars de valeur économique dans le monde et des dizaines de millions d’emplois, leur contribution au PIB mondial dépassant désormais 5,8 %, contre moins de 1 % il y a quelques décennies.
La 5G, une infrastructure stratégique
Abordant les infrastructures numériques, l’expert a accordé une place centrale à la 5G, qu’il a qualifiée d’« infrastructure économique » indispensable au développement de l’industrie 4.0 et des villes intelligentes. Il a précisé que cette technologie ouvre de nouvelles perspectives dans l’agriculture intelligente, la santé connectée, les transports, les Smart Cities et l’industrie. Selon lui, la 6G est déjà en phase d’expérimentation dans plusieurs pays et pourrait être déployée au cours des prochaines années, illustrant l’accélération continue de l’innovation technologique.
Illustrant les retombées économiques de la 5G, Abderrahmane Hadef a expliqué qu’elle pourrait accroître de 75 % les rendements agricoles grâce aux capteurs connectés, permettre le suivi médical à distance de centaines de milliers de patients, générer plus de 11,6 milliards de dollars d’économies dans l’industrie grâce à la maintenance prédictive, tout en favorisant le développement des transports intelligents et des villes connectées.
Selon lui, l’introduction de la 5G, du cloud computing et de l’intelligence artificielle pourrait générer entre 2,5 % et 5 % de croissance supplémentaire du PIB algérien, créer près de 10.000 emplois numériques directs et indirects d’ici 2030, améliorer sensiblement l’efficacité des services publics grâce à la dématérialisation et accroître de 30 à 40 % les rendements agricoles grâce aux technologies de précision.
Le numérique en Algérie
La formation s’est ensuite intéressée à la stratégie de transformation numérique de l’Algérie. Selon Abderrahmane Hadef, le numérique constitue aujourd’hui un levier majeur pour renforcer la compétitivité du pays, attirer les investissements, moderniser l’administration, créer de nouveaux emplois et accélérer la diversification économique grâce au développement des services numériques. Il a rappelé que cette stratégie nationale, pilotée par le Haut-Commissariat à la numérisation, s’articule autour de plusieurs axes prioritaires, parmi lesquels le déploiement des infrastructures, la gouvernance numérique, la généralisation des services publics dématérialisés, le renforcement des compétences et la promotion de l’économie numérique, avec l’objectif d’accroître significativement la contribution du secteur au PIB national à l’horizon 2030.
L’intervenant a également mis en avant les actions engagées par plusieurs institutions publiques. Il a notamment cité le Haut-Commissariat à la numérisation, chargé de coordonner cette feuille de route nationale, le ministère de la Poste et des Télécommunications, qui poursuit le déploiement de la fibre optique, la modernisation des réseaux et les préparatifs du lancement de la 5G, ainsi que le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, qui renforce les formations en intelligence artificielle, cybersécurité, nanotechnologies et entrepreneuriat à travers le développement des incubateurs universitaires.
Évoquant le rôle des opérateurs de télécommunications, Abderrahmane Hadef a souligné qu’ils constituent des acteurs incontournables de cette mutation. En développant les infrastructures numériques, en démocratisant l’accès à Internet, en investissant dans les solutions Cloud et en accompagnant les entreprises dans leur transformation digitale, ils contribuent directement à la modernisation de l’économie nationale.
L’expert a, par ailleurs, insisté sur la responsabilité croissante des journalistes face à ces mutations. À ses yeux, leur rôle ne se limite plus à relayer l’information, mais consiste également à décrypter les innovations technologiques, vulgariser des sujets complexes, vérifier les données et sensibiliser l’opinion publique aux enjeux liés à la cybersécurité, à la protection des données, à la lutte contre la désinformation et aux usages responsables de l’intelligence artificielle. En conclusion, Abderrahmane Hadef a estimé que la réussite de la transformation numérique ne dépendra pas uniquement des investissements technologiques, mais aussi de la capacité des institutions, des entreprises, des médias et des citoyens à s’approprier cette révolution pour en faire un véritable moteur de croissance, d’innovation et de développement durable.
Une immersion dans les solutions numériques d’Ooredoo
En marge de cette formation, Ooredoo a convié les journalistes à une visite guidée de son nouveau ICT Solutions Center, un espace technologique implanté au siège de l’entreprise et entièrement dédié à l’accompagnement des entreprises dans leur transformation numérique.
Les participants ont ainsi découvert un ensemble de solutions innovantes couvrant notamment le Cloud, la cybersécurité, les infrastructures numériques et les services technologiques destinés au monde de l’entreprise. L’opérateur entend ainsi illustrer son engagement en faveur de la digitalisation du tissu économique national et du développement de solutions adaptées aux nouveaux défis technologiques.
À cette occasion, le directeur des affaires institutionnelles, des relations médias et de la responsabilité sociétale d’Ooredoo, Ramdane Djazaïri, a également annoncé la prolongation des délais de participation à la 19ᵉ édition du concours « Étoile des médias ». Placée cette année sous le thème «L’impact de l’intelligence artificielle et de la technologie 5G sur les transformations socio-économiques en Algérie », cette édition permettra aux journalistes de soumettre leurs travaux jusqu’au 31 août 2026.
À travers cette rencontre, Ooredoo confirme sa volonté de faire de son Club de presse un véritable espace d’échange autour des grandes mutations technologiques. Dans un contexte où le numérique redéfinit les modèles économiques et les métiers, le renforcement des compétences des professionnels de l’information apparaît comme un enjeu essentiel pour accompagner, expliquer et décrypter les transformations qui façonneront l’Algérie de demain.
Cheklat Meriem
