
L’Algérie continue de consolider sa position de puissance énergétique régionale et internationale, profitant des transformations rapides qui s’opèrent sur le marché mondial de l’énergie, notamment dans le secteur du gaz naturel. Un rapport d’Attaqa, plateforme d’information énergétique basée à Washington, révèle que l’Algérie devrait figurer parmi les dix premiers producteurs de gaz au monde d’ici 2027.
À cet égard, les indicateurs économiques confirment que la demande asiatique, portée notamment par la Corée du Sud, affiche une forte hausse concernant le gaz algérien dans un contexte de vifs bouleversements géopolitiques au Moyen-Orient.
Selon ce même rapport, la production mondiale de gaz naturel devrait augmenter de 1,6 % pour atteindre 4 195 milliards de mètres cubes, contre 4 143 milliards de mètres cubes l’année précédente. Cette croissance globale reflète une demande soutenue pour le gaz, considéré comme une source d’énergie essentielle dans la transition vers une économie bas carbone.
Dans ce paysage mouvant, l’Algérie se hisse au dixième rang mondial avec une production de 98 milliards de mètres cubes. Elle confirme ainsi sa place au sein du club très fermé des géants énergétiques internationaux, mené par les États-Unis (1 078 milliards de m³) et la Russie (609,4 milliards de m³), suivis de près par l’Iran (264,8 milliards de m³), la Chine (264,7 milliards de m³) et le Canada (206,2 milliards de m³). Le Qatar, l’Australie, l’Arabie saoudite et la Norvège complètent ce classement, affichant tous des productions supérieures au seuil des 100 milliards de mètres cubes (respectivement 183,5, 148,6, 133,8 et 120,6 milliards de m³).
Séoul se tourne vers le brut algérien
Au-delà des volumes extraits, les experts estiment que la présence de l’Algérie dans ce Top 10 mondial témoigne du rôle hautement stratégique qu’elle assume désormais dans la sécurité des approvisionnements. Ce constat s’applique aux marchés européens, historiquement dépendants du gaz algérien, mais aussi aux nouveaux marchés demandeurs de gaz naturel liquéfié (GNL).
Parallèlement, les exportations de pétrole brut algérien connaissent une accélération remarquable vers l’Asie. En mai 2026, la Corée du Sud a enregistré un bond spectaculaire de 47,1 % de ses importations de brut algérien sur un an, atteignant 3,64 millions de barils pour le mois de juin (soit une hausse massive de 263 % par rapport au mois d’avril 2026).
Les données officielles de la Korea National Oil Corporation (KNOC) confirment cette tendance de fond : sur les cinq premiers mois de l’année 2026, les achats cumulés de Séoul ont atteint 9,31 millions de barils, contre 6,5 millions sur la même période en 2025, soit une progression de 43,6 %. Cette dynamique démontre une confiance renforcée envers la stabilité de l’offre algérienne.
Cette réorientation des flux commerciaux intervient alors que l’instabilité chronique au Moyen-Orient pousse les nations importatrices à revoir leurs stratégies de sécurité énergétique. Afin de prémunir ses raffineries contre d’éventuelles ruptures, Séoul a drastiquement réduit de 32 % ses importations de pétrole en provenance du Moyen-Orient en mai, préférant diversifier ses sources auprès de fournisseurs jugés plus stables tels que l’Algérie, l’Arabie saoudite et les États-Unis.
Si les risques géopolitiques reformatent durablement les routes maritimes au profit de l’Algérie, le trafic en mer Rouge n’est pas totalement interrompu. Le ministère sud-coréen des Affaires maritimes a d’ailleurs noté le transit sans incident d’au moins dix superpétroliers (VLCC) transportant du brut léger saoudien. Néanmoins, c’est bien la fiabilité contractuelle et la stabilité politique de l’Algérie qui consolident aujourd’hui son attractivité auprès des acheteurs internationaux.
Au-delà de l’aspect strictement commercial, ce rapprochement revêt une forte symbolique diplomatique puisqu’il coïncide avec le 20e anniversaire du partenariat stratégique entre Alger et Séoul. Lors d’une récente rencontre en Corée du Sud, le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, et son homologue sud-coréen ont réaffirmé leur volonté commune d’élargir la coopération bilatérale aux secteurs de la technologie et de l’investissement global.
Pour les spécialistes du secteur, l’Algérie se trouve à un tournant décisif. En capitalisant sur la hausse de sa production gazière, sur l’engouement pour son pétrole brut et sur sa position géographique clé, le pays transforme ses atouts naturels en leviers diplomatiques et économiques, s’affirmant comme un acteur incontournable de la sécurité énergétique mondiale.
Alors que la carte énergétique mondiale se redessine sous l’effet des tensions géopolitiques, l’Algérie prouve qu’elle n’est plus seulement le réservoir naturel de l’Europe. En s’imposant dans le Top 10 gazier et en devenant un pilier de la sécurité de géants asiatiques comme la Corée du Sud, le pays valide une stratégie de diversification payante, transformant sa stabilité interne en un précieux atout commercial sur la scène internationale.
Abir Menasria
